Une section pilote qui s’adresse en priorité aux gens sans diplômes, c’est rare. Une formation originale qui débouche sur un emploi, cela mérite un déplacement à Don Bosco à Wittenheim, à quelques kilomètres de Mulhouse.

Nettoyage et recyclage

Dans la cour, près de l’entrée, des poubelles de taille et de couleur différentes sont étalées en éventail par terre, soumises au jet puissant d’un karcher. Un jeune en bleu de chauffe, souliers de sécurité, gants étanches, parka jaune imperméable, capuchon protecteur sur la tête, les arrose copieusement avec son nettoyeur à haute pression. Plus loin, sur le parking, un autre jeune, assis sur une grosse balayeuse industrielle rouge, progresse lentement en surveillant les balais rotatifs de sa machine, pendant que son professeur lui donne les conseils pour rester bien en ligne par rapport à la surface qu’il a déjà nettoyée. La classe ÉCOTRI est en travaux pratiques. On y prépare un Certificat d’Aptitude Professionnelle à la gestion des déchets et la propreté urbaine.

Un vrai métier

Le futur travail professionnel des ÉCOTRI peut se diviser en deux grands secteurs. Ils se forment au nettoyage industriel, essentiellement extérieur, voirie communale, parkings de grandes surfaces, usines, entreprises... Pour cela ils utilisent toute une panoplie de machines dont ils doivent d’abord connaître la fiche technique sur le bout des doigts. Ils doivent être capables d’en assurer l’entretien, et surtout avoir la connaissance de toutes les règles de sécurité dans l’emploi de l’outil de travail.

Ils étudient la collecte, le tri et la transformation des déchets. Ils apprennent le tri sélectif et ses avantages, et ce que deviennent les matériaux transformés. Une tonne de verre concassé et nettoyé peut donner une tonne de bouteilles propres à l’emploi. Le métal récupéré, une fois fondu, se transformera en lingots, qui, à leur tour, deviendront tôle, barquettes, canettes pour la bière ou le coca. Les plastiques en tous genres, lavés, broyés, deviennent granulés, et, par la magie d’un échauffement, poteaux ou meubles de jardin. Quant au papier, il est courant d’en connaître la possibilité de se modifier en papier recyclé ou en carton. Les déchets organiques peuvent aussi être valorisés. À Don Bosco Wittenheim, il existe depuis peu un enclos de compostage pour les feuilles mortes, l’herbe coupée et les déchets alimentaires.

Si vous désirez avoir les illustrations de cet article, envoyez nous votre adresse par mail : rencker.e@evhr.net .

Profil nécessaire

Cette formation ne s’adresse pas à n’importe qui. Il y a un vrai profil pour y être efficace. D’abord, il faut avoir le sens pratique, donc ne pas confondre le verre et le plastique, le papier et le tissu... Une bonne condition physique est exigée, avoir de bons muscles pour les efforts physiques, même si l’on nettoie une rue sur une balayeuse autoportée. Être sensible à l’environnement pour aujourd’hui, certes, mais aussi pour les générations futures, c’est concret avant d’être de la politique, mais ça peut aussi y conduire.

Un ÉCOTRI doit aimer rendre service à la collectivité, savoir soigner ses blessures et écorchures, mais prévenir celles qui peuvent arriver aux personnes qui risquent de glisser sur des déjections canines ou autres ordures. De réelles qualités relationnelles sont demandées, parce que le travail se fait souvent en équipe. Plus largement, il faut savoir jeter un regard rassurant à ce SDF qui se lave dans les eaux du ruisseau, ou à ce chiffonnier qui a piqué le meilleur de la collecte. Bref, traiter tous ceux que l’on rencontre en « personnes », même s’il faut leur dire que les canettes de bière ont leur place dans une poubelle.

Motivations et avenir

L’étiquette de « balayeur de rues » n’est pas forcément valorisante. Il faut aller à la pêche des motivations, provoquer le désir de ce travail. C’est le rôle des deux professeurs de cette section, Mme BRENIER et Mr RENCKER. Ils ont pour mission de motiver les jeunes en même temps qu’ils leur fournissent l’apprentissage d’un métier appelé à évoluer au gré des découvertes. C’est un véritable parcours plein d’aventures, encouragé et soutenu par le directeur de l’établissement, M. Schaffhauser. Cette section ouvre à de nouveaux métiers d’avenir, « 150.000 emplois à la clé », affirmait un inspecteur de l’Éducation nationale.

Que deviendront les jeunes de cette section ? Cet apprentissage, avec un CAP et un bon bulletin scolaire peut ouvrir immédiatement l’accès à un BAC professionnel « Hygiène et environnement » et, dans la foulée, une formation d’Inspecteur d’hygiène... On peut dire que la gestion des déchets, récupération, tri, transformation, n’a pas encore livré le secret de toutes les possibilités du troisième millénaire, mais on a déjà la conviction qu’il est possible d’apporter un plus à la société à travers cette réalité et celle du nettoyage industriel qui va avec.

Jean-Pierre MONNIER avec le concours de Gaby KLEIN